Lettres épistolaires

Lettre VIII

Ambiance d’écriture :

Je ne t’écris pas pour te demander de tes nouvelles. Je sais ce qu’est une vie de normalité. La camisole est devenue ta deuxième peau, et même ta voiture est désormais un ergastule déguisé. La liberté n’est qu’une notion abstraite, les obligations sont les tic-tacs d’une journée ordinaire et viser la lune est inenvisageable. Trop de contraintes et de compromis empêchent une telle ambition. Il y a bien des moments de bonheur, mais si l’on devait faire le compte, ils ne sont pas si nombreux devant tant d’efforts et de dons pour l’autre. Non ?

Dès la première lettre, mon objectif était de maintenir un lien. Pas pour te récupérer, non. Un lien pour te sauver. À bien y réfléchir, quelle prétention de ma part. Pour te sauver, il faudrait que tu en ressentes l’envie et pour cela, il faudrait que tu gagnes en lucidité et en maturité. Ne te vexe pas. Sois plus grand que ce que tu laisses paraître dans tes actions puériles. Le déni est ton refuge. Affronter l’autre sans crier n’est pas une de tes qualités. Tu penses à tort que posséder le même objet va faire de toi un être sympathique et irrésistible. Tu penses que copier est une valeur sûre pour être aimé. Je pense que c’est une erreur de s’attarder sur l’adage « qui se ressemble s’assemble ». Les différences rythment, les avis contraires cadencent et les petites disputes permettent les réconciliations.

Je n’ai pas eu la force de te souffler que tu te trompasses lorsque tu accusais ta sœur de tes maux. Tout comme toi, elle a été manipulée par une maman hantée par une vie d’apparence heureuse, mais au fond très obligée par des devoirs inscrits dans une union avec bambins. Je voudrais tant que tu te réconcilies avec O. Au lieu de cela, tu te lies avec la seule personne qui reste à l’origine de vos tourments et de vos troubles. Même moi, je n’ai pas été épargnée d’une désagréable remarque. Et quelle surprise de constater que tu prenais pour acquis, la réflexion maternelle sans même la mettre en garde d’une telle liberté d’expression à l’égard de ta petite amie, qui n’était pas autrement que bienveillante. Ce jour-là, j’ai compris bien des choses.

Ta sœur est ton alliée. N’ai-je pas cessé de te répéter, devant ton acharnement, que sa différence lui permettait d’être attachante ?  Je suis fière de ne pas avoir flanché devant tant d’affirmations injustifiées par ta jalousie. Je regrette cependant mon attitude lors de son anniversaire. Elle méritait bien plus d’amour et d’attention. Ce jour-là, je me suis laissée guider par tes angoisses et votre compétition infondée. On ne m’y reprendra plus.

Je t’en conjure. Pour une fois dans ta vie, excuse-toi de tout ce mépris et de toutes les phrases prononcées. Elle est comme toi et moi ; imparfaite mais tellement vivante qu’elle mérite ton écoute et ta gentillesse en toutes circonstances. Cessez de vous affronter. Cessez de penser que l’un est de trop dans cette fratrie. Tout le monde doit pouvoir garder sa place. Elle, celle de l’aînée, ne t’en déplaise, et toi, celle du cadet.

C’est sympa aussi d’être le cadet. Essaie !

XXVI.VII.MMXX : Première ébauche. XXVII.VII.MMXX : Texte définitif posté

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *