Lettres épistolaires

Toi, que je ne peux nommer

Ambiance d’écriture :

Je t’ai rencontré un vingt-cinq décembre lors d’un tragique événement.

Les traits du visage assombris, le regard dépourvu de vie, tu étais posé là sur la banquette. Tu as chuchoté un petit bonjour. Je me suis assise à l’endroit que l’on m’indiquait. Le silence s’est installé et des larmes sont apparues sur leurs joues. Le temps s’est arrêté. Les poissons ont cessé de nager. Les oiseaux ont cessé de piaffer et nous, nous sommes retrouvés en apnée. Quelques mots ont été échangés. Juste ce qu’il faut pour m’expliquer. Durant tout ce temps, tu es resté impassible et silencieux. Tous, vous sembliez fatigués. La nuit avait été courte et tourmentée. Je suis repartie quelques minutes plus tard sans avoir dit grand-chose, excepté un timide et inaudible au revoir. Je me suis souvenue de lui, j’ai pensé à elles et j’ai rêvé de toi.

La famille a souhaité que je prenne la parole ce huit janvier. Je t’ai guetté sur la place avant de mettre les pieds dans ce lieu si austère et froid. Mais très occupé dans ton rôle de grand frère, nos regards ne se sont pas croisés. Je t’ai imaginé ensuite, là, sur le banc de bois. Puis est arrivé mon tour. Encouragée par le prêtre, je me suis avancée vers le micro, mais concentrée à ne pas verser une seule perle d’eau salée, j’ai encombré mes cordes vocales de gros sentiments. Je n’ai pas été à la hauteur ce jour-là. Me regardais-tu ? M’encourageais-tu en toute discrétion ou t’indignais-tu devant tant d’incompétence ? Je suis allée me rasseoir, là sur le banc de bois, à plusieurs rangées de toi.

La boîte à corps a quitté ce premier lieu de rassemblement. Nous nous retrouvâmes au cimetière. Là, debout, nous n’étions qu’à quelques mètres de l’un de l’autre. Tu as été le premier à articuler un petit bonjour. L’émotion du moment, la surprise d’être aperçue, t’ai-je répondue ? Je n’en suis pas sûre. Toi, que je ne peux nommer, saches, que tu nourris mes somnolences, mes rêves et mes siestes.

À deux reprises tu m’as ému : Ton signe de croix ; ample, lent et tellement élégant ; juste pour honorer une figure renommée. Ton signe de main ; furtif, rapide et tellement ravissant ; juste pour effacer une larme incontrôlée.

Où dois-je me poser pour te revoir ? Là, sur un banc public ?

X.V.MMXX : texte définitif

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