Opuscules

Opuscule 2

Si vous êtes réunis aujourd’hui, en ce lieu si spécial, c’est que je n’ai pas été foutue de vous survivre.

Ai-je manqué de vigilance ? Ai-je été le quatre-heures d’un monstre des forêts ? Me suis-je égarée lors d’une exploration ? Ai-je succombé à une indigestion de chocolat ? Me suis-je rendue malade d’amour ?

Quoi qu’il en soit, merci d’être là. Si vous pleurez, cessez. Vous n’entendrez pas ce que j’ai à vous dire… Êtes-vous prêts ?

Une grande chance m’a été donnée durant toutes ces années ; c’est celle de vous avoir rencontrés. Je vous ai aimé. Toutes et tous, sans exception. Chacun à un degré différent, d’une forme variée, mais je vous ai aimé. Si, si.

Ce sentiment, fort, extrêmement puissant, terrifiant, angoissant, douloureux même, me rendait terriblement vivante. Tantôt heureuse ou malheureuse, inquiète ou rassurée, joyeuse ou cafardeuse, casanière ou exploratrice, candide ou suspicieuse, placide ou turbulente, je passais une grande partie de mes journées à vous observer, à vous écouter, à vous déchiffrer, à vous admirer, à vous résister, et même à vous sauver…

Si tout s’est déroulé comme je l’ai imaginé, certains d’entre vous pourrons repartir avec une lettre personnalisée. Elle est le résumé d’une promenade en votre compagnie. Vous en ferez ce que vous voulez. Regardez-là, lisez-là, chiffonnez-là, jetez-là, encadrez-là, ou encore incinérez-là.

Il aurait été de coutume que vous lisiez un texte élogieux, juste pour me rendre hommage. Or, je ne souhaite pas un flash-back sélectif juste pour que l’assemblée se chagrine davantage. Globalement, je fus une bonne amie, une bonne collègue, une bonne amante, une bonne confidente et j’espère une bonne maman. Mais je sais également, que mes failles ont parfois vexées, meurtries, offensées, tourmentées et même anéanties. Ne me pardonnez pas. Non. Je ne le souhaite pas et ne le mérite pas. De toute façon, vos pardons ne guideront pas mon envol vers l’inconnu. Mon âme fera son propre chemin.  N’ai-je pas été capable de marcher seule durant une grande partie de ma vie ? Alors ne vous inquiétez pas et rendez-vous dans quelques décennies si nous nous méritons.

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