{"id":1011,"date":"2021-09-26T13:49:42","date_gmt":"2021-09-26T11:49:42","guid":{"rendered":"http:\/\/antidote-epistolaire.fr\/?p=1011"},"modified":"2024-09-29T19:22:05","modified_gmt":"2024-09-29T17:22:05","slug":"1011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/antidote-epistolaire.fr\/index.php\/2021\/09\/26\/1011\/","title":{"rendered":"Le cauchemar"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Exercice d\u2019\u00e9criture&nbsp;de Douglas KENNEDY \u2013 Masterclass \u00ab&nbsp;My-the-artist-academy.fr<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ambiance d&rsquo;\u00e9criture :<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-1 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<iframe src=\"https:\/\/embed.music.apple.com\/us\/album\/one-night\/1580973813?i=1580974206&amp;app=music&amp;itsct=music_box_player&amp;itscg=30200&amp;ls=1\" height=\"150px\" frameborder=\"0\" sandbox=\"allow-forms allow-popups allow-same-origin allow-scripts allow-top-navigation-by-user-activation\" allow=\"autoplay *; encrypted-media *;\" style=\"width: 100%; max-width: 100%; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: transparent;\"><\/iframe>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/track\/1U9Jp66F0x7IM3Gv09hoxq\" width=\"100%\" height=\"80\" frameborder=\"0\" allowtransparency=\"true\" allow=\"encrypted-media\"><\/iframe>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Si vous voulez comprendre un ami, embrassez d\u2019abord, d\u2019un \u0153il attentif et paisible son sommeil. Si vous \u00eates \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ces respirations, si vous \u00eates r\u00e9ceptive aux ondes de la couche, et devinez quelques gouttelettes sur une peau fi\u00e9vreuse, vous \u00eates sur le point de participer \u00e0 une exp\u00e9rience irrationnelle, saccad\u00e9e de soubresauts et d\u2019accalmies.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que je m\u2019appr\u00eate \u00e0 vous raconter, m\u2019est arriv\u00e9 lors d\u2019une nuit \u00e9toil\u00e9e et sans le moindre souffle d\u2019une brise. Le calme absolu. Au premier abord, aucun bruit pour d\u00e9clencher chez l\u2019endormi, une agitation. Et pourtant, son cauchemar r\u00e9veilla tout le campement.<\/p>\n\n\n\n<p>Partis en exp\u00e9dition sur les traces d\u2019un papillon v\u00e9n\u00e9neux (1), nous avions dress\u00e9 les tentes au milieu d\u2019une for\u00eat dense centrafricaine. Nous avions consacr\u00e9 notre premi\u00e8re journ\u00e9e \u00e0 l\u2019organisation du camp. Les pi\u00e8ges, les filets, les manches t\u00e9lescopiques, les lampes \u00e0 Leds, les nappes de battage, les tamis et divers mat\u00e9riels scientifiques, avaient \u00e9t\u00e9 sortis des malles. La toile blanche avait \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e \u00e0 deux Sapellis (2) et le groupe \u00e9lectrog\u00e8ne insonoris\u00e9, indispensable pour \u00e9clairer le tissu, avait fait l\u2019objet d\u2019une attention particuli\u00e8re des membres de l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant le d\u00eener, fut organis\u00e9 un tirage au sort pour constituer les bin\u00f4mes de chambr\u00e9e. Ce n\u2019est pas avec grand enthousiasme que j\u2019appris que ma natte serait partag\u00e9e avec le sulfureux professeur parisien. &nbsp;De nombreux articles de presse, avait d\u00e9crit un homme solitaire, acerbe, aust\u00e8re, d\u00e9senchant\u00e9 et ent\u00eat\u00e9. Moi, ce que j\u2019en avais observ\u00e9 depuis le tarmac de Bangui-M\u2019Poko, c\u2019\u00e9tait un individu calme et taiseux.<\/p>\n\n\n\n<p>Manifesterait-il une aust\u00e9rit\u00e9 \u00e0 mon \u00e9gard durant ce partage d\u2019espace exigu ? Saurait-il se montrer gentleman&nbsp;en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 nos conversations, en \u00e9vitant les vents stomacaux bruyants et en me laissant un minimum d\u2019intimit\u00e9 sans que je n\u2019aie \u00e0 qu\u00e9mander&nbsp;? Six semaines&nbsp;; c\u2019est \u00e0 la fois court et long pour appr\u00e9cier une starlette publi\u00e9e dans les plus grandes revues internationales.<\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res journ\u00e9es se d\u00e9roul\u00e8rent selon un planning bien structur\u00e9 sans laisser la place \u00e0 des initiatives personnelles. Si le m\u00e2le avait \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019un parapluie japonais, les r\u00e9seaux de cordes, mis en place au milieu de la canop\u00e9e, n\u2019avaient donn\u00e9 aucune satisfaction. La femelle \u00e9tait un myst\u00e8re et notre espoir d\u2019apprendre de son mode de vie, avant l\u2019extinction de l\u2019esp\u00e8ce, mettait tout ce petit monde dans l\u2019expectative.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne saurais pas vous dire si les impr\u00e9vus, les d\u00e9ceptions de cette exp\u00e9dition, furent \u00e0 l\u2019origine de ce comportement noctambule, mais vers trois heures du matin, le lascar, couch\u00e9 \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, se mit \u00e0 s\u2019agiter. Il battait ses mains de la m\u00eame fa\u00e7on lorsqu\u2019un adversaire tape sur le tatami pour s\u2019avouer vaincu. Les tapotements, rapides, \u00e9nergiques et de plus en plus audibles, s\u2019accompagnaient d\u2019un mouvement de nuque nerveux et discontinu. Le torse, soulev\u00e9 par des souffles puissants, laissait \u00e0 penser que les poumons turbinaient. Les narines se dilataient et d\u00e9gageaient un air chaud. Les paupi\u00e8res, closes, dansaient sur le rythme d\u2019un corps pris de spasmes, sympt\u00f4mes r\u00e9v\u00e9lateurs d\u2019un danger occulte. Pas de grognement. Pas de ronflement, mais quelques tremblements survenaient apr\u00e8s une qui\u00e9tude relative.<\/p>\n\n\n\n<p>Appuy\u00e9e sur mon avant-bras, les yeux fix\u00e9s sur le sujet d\u2019observation, je pressentis que la nuit serait m\u00e9morable. Sujette aux r\u00e9actions spontan\u00e9es, je ne pus retenir tr\u00e8s longtemps, un large sourire. C\u2019\u00e9tait hallucinant. M\u00eame endormi, cet \u00e9nergum\u00e8ne d\u00e9clenchait des sentiments positifs. Il me fascinait autant le jour que la nuit. Quinze minutes s\u2019\u00e9taient \u00e9coul\u00e9es, lorsque, d\u2019un bond, il se redressa. Coinc\u00e9 dans son sac de couchage, il se mit \u00e0 vocif\u00e9rer des jurons. Il ne semblait pas avoir quitt\u00e9 le monde des songes. Ses mouvements \u00e9taient malhabiles. Ses bras, deux tentacules d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de capteurs sensoriels, cherchaient un \u00e9quilibre pour sortir d\u2019une \u00e9treinte invisible. Mais contre toute attente, toujours emprisonn\u00e9 dans sa chrysalide duveteuse, il parvint \u00e0 saisir le curseur de la fermeture-\u00e9clair. D\u2019un geste s\u00fbr et nerveux, il fit grincer les larges dents m\u00e9talliques. La t\u00eate se retrouva alors \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur sans que son corps puisse suivre l\u2019\u00e9lan. Il s\u2019\u00e9crasa contre le sol, en emportant avec lui les haubans (3), tendus et ancr\u00e9s pour parfaire la stabilit\u00e9 de la tente. <\/p>\n\n\n\n<p>Un clairon n\u2019aurait pas mieux fait pour r\u00e9veiller les troupes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensevelie sous les toiles l\u00e9g\u00e8res et chaudes, je me mis \u00e0 rire, sans pouvoir contr\u00f4ler le souffle et les larmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les entomologistes sortaient les uns apr\u00e8s les autres de leurs abris de fortune. Les singes, les oiseaux et autres habitants de la for\u00eat, r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 des dizaines de m\u00e8tres du sol, se mirent \u00e0 ricaner. La tribu, amass\u00e9e autour du ma\u00eetre de conf\u00e9rence ne pipait mot. Les yeux \u00e9carquill\u00e9s, ils devinaient le poids de l\u2019humiliation. Et c\u2019est sans surprise qu\u2019il refusa toute aide et les invita \u00e0 retrouver rapidement leur couchette. Quant \u00e0 moi, il \u00e9carta les toiles, et apr\u00e8s s\u2019\u00eatre rancard\u00e9 sur ma sant\u00e9, il m\u2019adressa un regard noir et gla\u00e7ant.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ne bougez pas et arr\u00eatez de vous esclaffer sous cape. Il n\u2019y a pas de quoi en faire tout un show. N\u2019avez-vous jamais \u00e9t\u00e9 la victime d\u2019un mauvais r\u00eave&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sa voix dolente et monocorde le rendit touchant et chancelant, au point qu\u2019il me fallut me ma\u00eetriser pour ne pas l\u2019\u00e9treindre. Ses yeux d\u2019un brun chocolat, luttaient pour ne pas d\u00e9verser la moindre perle iod\u00e9e. Ses maxillaires \u00e9taient crisp\u00e9s et je devinais une sombre affliction. Personne ne reparla de cet \u00e9pisode le lendemain et les jours suivants.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ascensions dans la strate des cimes, les rencontres incongrues avec les calaos \u00e0 casque noir, les primates et cobras des for\u00eats, oppressaient les chercheurs. La fatigue, le d\u00e9senchantement de ne pas avoir pu observer la femelle butiner les fleurs, les chenilles et les nymphes, provoquaient des humeurs dysphoriques (4). Seul le doyen surmontait la pression de revenir \u00e0 Paris sans sp\u00e9cimen. <\/p>\n\n\n\n<p>Il consacrait ses soir\u00e9es \u00e0 \u00e9crire de futurs articles et retardait le moment du coucher.&nbsp; J\u2019avais not\u00e9, qu\u2019avant de se laisser emporter par Morph\u00e9e, qu\u2019il extirpait d\u2019un petit \u00e9crin de velours, une fleur de lotus en cristal bleu, porte-bonheur tib\u00e9tain, qu\u2019il serrait longuement dans le creux de sa main gauche. <\/p>\n\n\n\n<p>Je ne peux m\u2019emp\u00eacher de repenser \u00e0 cette anecdote, rapport\u00e9e dans une mauvaise gazette. Un journaliste racontait comment une scientifique avait trouv\u00e9 la mort en tombant d\u2019une passerelle suspendue. De m\u00e9moire, il s\u2019agissait d\u2019une&nbsp;botaniste, exil\u00e9e en for\u00eat tropicale pour recenser les esp\u00e8ces de la flore africaine. &nbsp;Y avait-il un lien avec cette affreuse perte humaine et son cauchemar&nbsp;? Pourquoi un sp\u00e9cialiste des petites b\u00eates avait pour livre de chevet un herbier&nbsp;?&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019aventure touchait \u00e0 sa fin, et bient\u00f4t, nous retrouverions nos obligations citadines, o\u00f9 seuls les parcs, bois et zoos feraient office de petites jungles.<\/p>\n\n\n\n<p>De cette exp\u00e9dition, j\u2019en reviens avec de grands souvenirs, des soupirs, et des silences non \u00e9lucid\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Cher journal, puisque vous avez montr\u00e9 \u00e0 maintes reprises une efficacit\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger mes consignes et confessions, puis-je encore vous supplier de ne pas ouvrir vos pages aux misanthropes et curieux vip\u00e9rins&nbsp;? Ils ne sauraient lire qu\u2019autrement qu\u2019entre les lignes\u2026 et il n\u2019y a pas l\u00e0 \u00e0 se demander si je fus, ne serait-ce qu\u2019un instant, s\u00e9duite par l\u2019homme au c\u0153ur bris\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:11px\">&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">1&nbsp;: Papilio Antimachus<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">2 : Sapelli&nbsp;: esp\u00e8ce d\u2019arbres atteignant parfois 60 m\u00e8tres de hauteur<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">3&nbsp;: Cordelettes permettant de tendre les toiles de tentes<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">4 : Humeur \u00e0 tonalit\u00e9 f\u00e2cheuse. Irritabilit\u00e9, anxi\u00e9t\u00e9 \u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:11px\">Texte d\u00e9finitif&nbsp;: &nbsp;XXVI.IX.MMXXI<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:11px\">&nbsp;Caract\u00e8res, espaces non compris&nbsp;: 6334<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si vous voulez comprendre un ami, embrassez d\u2019abord, d\u2019un \u0153il attentif et paisible son sommeil. 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