Lettres épistolaires

Lettre anonyme n° 14

Cher fantôme,

N’étiez-vous plus que l’ombre de vous-même pour que votre silhouette se fasse aussi rare ?

Vous contraigniez-vous à ne sortir que la nuit, comme peut le faire un lycanthrope ? Ou profitiez-vous tout simplement d’un agenda professionnel allégé pour profiter d’une liberté encadrée ?

Quoi qu’il en soit, cette disparition, ne fut pas sans me déplaire. Marcher sans craindre de vous croiser au détour d’un couloir ou d’un atelier, me permit, aux pauses méridiennes, d’errer sans trop m’inquiéter. D’ailleurs, est-ce que l’homme qui me servait d’escorte durant ces heures de détente, aurait su m’apporter sérénité si une telle occasion s’était présentée ? Aurait-il été capable de détecter que la misanthrope que je suis, se sentait encore et toujours en danger, au moindre mouvement d’un spectre ?

Je pense parfois qu’il aurait été plus raisonnable d’écrire à un soldat déporté au Sahel, plutôt que de taquiner un professionnel « du beau », tel que vous.

Je vous en conjure, non, ne pensez pas que je regrette mon choix. C’est juste que si j’avais choisi un militaire, j’aime imaginer qu’il n’aurait pas eu les outils informatiques à sa disposition pour me démasquer et j’écrirai, aujourd’hui, encore sous anonymat…

La date du 29 juin approche et ce projet, qui nous lie, n’avance pas d’un iota. Je crains l’échec sans envisager un renoncement. Pas d’excuses valables, si ce n’est qu’une mauvaise gestion de mon temps. La lecture d’articles, mes passions diverses, les materclass et les vidéos capsules sur votre métier, ne sont pas sans intérêt. Et puisqu’il me faut parfois m’y reprendre à plusieurs reprises pour comprendre les étapes, les choix et les gestes, j’en perds certaines libertés.

Tenez par exemple !  Pourquoi certains staffeurs préfèrent s’appuyer sur « un saumon » pour couler le plâtre plutôt que de faire systématiquement un moule en silicone ? Pourquoi certains professionnels choisissent le jute et d’autres, le chanvre ? Les gestes paraissent simples. Et pourtant, le plâtre est capricieux. Il n’attend pas. Il faut éviter les bulles et rechercher une lisse parfaite ; sans parler du démoulage. Arrive-t-il fréquemment que la pièce casse alors que vous l’avez soigneusement armée de fibres végétales ?

Si je songe à participer, un jour, à un atelier d’écriture, histoire d’améliorer mes connaissances et mon style, je devrais, aussi, envisager un mini-stage dans un atelier de staffeur pour toucher, sentir et m’émouvoir de tout ce qu’une caverne d’Ali Baba pourrait offrir à une amoureuse des décorations architecturales.

Savez-vous que je pourrais vous écrire de longues heures ?

Je pourrais vous raconter, mes autres aventures et mes amusements. Je pourrais vous conter mes déboires et mes hontes. Je pourrais vous confier quelques secrets… Mais seriez-vous digne de confiance ?

J’ai écrit un petit texte avant-hier… Après la lecture de celle-ci, vous comprendrez que la rêveuse que je suis, ne pense pas comme la plupart des individus. Que pourriez-vous répondre à cela ?

Chère MaDame, votre différence me consterne, me terrifie. Consultez rapidement !

Chère MaDame, votre différence m’amuse et me fait réfléchir !

Chère MaDame, cessez donc de m’écrire, vous allez me contaminer ! Hahahahahaha !

J’espère que cette nouvelle lecture aura été agréable.

À bientôt très cher fantôme.

Nota Bene :

Humeur : Je jouis de mes attentes. Quatre semaines pour utiliser tout mon temps à mon destin. Cette perspective me met en joie.

Nous sommes Lundi de Pâques. Alors !  Allons à la chasse aux œufs, aux poules, aux lapins et rentrons avant de tomber sur le loup 😉

Texte définitif : V.IV.MMXXI

Lettre 14

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