Lettres épistolaires

Lettre anonyme n° 12

Cher Lecteur,

Votre inscription à la commission de lecture a bien été enregistrée.

Nous avons souhaité, pour votre première participation, vous confier un extrait d’un manuscrit.

C’est un promeneur, assidu dans ses marches, qu’il l’a trouvé au pied d’une souche. Il s’est rendu, durant plusieurs jours, en forêt, en espérant croiser l’auteure. Mais il a fait chou blanc, malgré les longues heures à observer, ce qui a pu lui servir de banc ou de refuge à l’écriture.

Il espère, qu’en publiant son récit, elle se manifeste…

Il présage un engouement du public pour l’audace, l’originalité et l’impudicité des contenus.

Mais nous pensons qu’il manque d’objectivité.

Nous attendons vos impressions avant d’envisager une deuxième lecture d’amateurs plus confirmés.

Soyez honnête dans la démarche.

Ambiance musicale :

L………R, le

Avez-vous constaté la même chose que moi ?  À savoir qu’une déclaration d’amour émerge uniquement lorsque l’un des deux, espère partager de l’intimité ? Que les promenades sages, rythmées par des éclats de rire et des échanges de points de vue, deviennent insuffisants pour vous déclarer pleinement satisfaite d’une journée passée à ses côtés ?

J’en suis à ce stade. Je rêve les yeux ouverts, à son torse, à ses mains qui pourraient caresser ma peau.

Voilà presque deux mois, que nous foulons les sentiers des forêts et des bois environnants et que les gestes barrières empêchent tout rapprochement…

Dois-je, lors d’une prochaine rencontre, orienter mes pas vers un obstacle à franchir, pour déclencher un geste galant ?

Dois-je simuler une petite chute, pour qu’il vienne se baisser sur mon regard ?

Dois-je inventer un malaise pour espérer qu’il se rapproche de ma bouche ?

Quelle serait sa réaction, si je me lançais dans une tirade pour lui expliquer que mes sens le demandent ?

Il pourrait tout au plus s’esclaffer et se moquer ? Il pourrait aussi, faire comme si je n’avais pas prononcé les mots, pour lui éviter de m’éconduire ?

D’ailleurs, serait-il choqué de mes avances ou plutôt délivré que je me sois lancé dans l’arène des confidences ?

Comment lui dire que lorsque nous nous quittons, je pense à lui ? Ou plutôt, que je pense à UNE partie de lui ? Même si Bonaparte a dit

qu’ « un petit croquis vaut mieux qu’un long discours », je suis convaincue que je ne peux pas lui faire comprendre la chose, en dessinant un phallus sur un sol chargé d’humus, même si ce dernier, avait été exécuté avec délicatesse et à la façon d’un Léonard de Vinci.

Je ne peux pas non plus prétendre qu’une petite bête se soit glissée sous ma robe pour dévoiler le haut de mes cuisses ? À bien avoir cerné le personnage, il aurait immédiatement jugé le choix de la tenue vestimentaire peu appropriée à la situation, plutôt que de se concentrer sur le mal subit.

Comment lui dire, que mes nuits sont hantées par des rêves inavouables ? Comment lui faire comprendre, sans l’apeurer, que je l’imagine m’étreindre avec fougue ?

Peut-être qu’un poème pourrait faire l’affaire ? Seulement voilà, ce genre littéraire n’est pas ma tasse de thé et je n’ai aucune compétence pour enchaîner les Alexandrins et autres figures de style.

J’ai bien pensé à déposer devant sa porte un Kamasutra illustré. Mais ne pourrait-il pas penser qu’il s’agit là, d’un geste d’une ex, portée à la vengeance ? J’imagine le message subliminal laissé sur un Post-it : révise donc, avant ta prochaine chevauchée, la position du compas, du capitaine de navire ou encore du cadenas…

Non, sérieusement, il faudrait être bien odieuse, pour reprocher à un homme de se complaire dans le classique alors qu’une femme doit faire preuve de propositions, si jouir reste son premier objectif …

Ambiance musicale :

E……….E, le

Oh !  Cher Journal, c’était tellement magique.

Le rapprochement a eu lieu…

Nous marchions, tout sourire, au rythme d’une mélodie balancée par un seul Airpod, lorsqu’il me saisit une main. Quelques pas de danse et j’étais là, adossée à une clôture de pierre de taille, sans que je puisse envisager la fuite. Ses doigts avaient glissé entre les miens et avec une infinie douceur, il s’était attelé, à écarter une de mes jambes avec l’un de ses genoux. Son bassin était appuyé sur mon pubis avec une force maîtrisée. Son regard, profond, prenait possession de tout mon être. Son parfum, une alliance subtile de notes fraîches et aromatiques, d’équilibre et de puissance, enivrait mon esprit.

Si je l’entendis me chuchoter que je le fascinais, lui, il m’excitait.

Ce soir, je rêve de nouveau, les yeux ouverts à ce qui aurait pu arriver, si nous n’avions pas été dérangés par ce maudit joggeur qui déboula du chemin de halage pour nous surprendre ; ce maudit Jeans que j’avais enfilé le matin même et ce maudit couvre-feu qui avait eu raison d’une passion naissante.

Je rêve à demain, une infusion à portée de main…

Texte définitif : XX.II.MMXXI

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